Le séminaire européen 2010-2011

 

Circulation et médiation des savoirs, des connaissances et des informations en Europe

 

Organisé par Widad Mustafa El Hadi (Professeur en SIC, GERiiCO) et Sylvie Condette (MCF en sciences de l'éducation CIREL-Profeor (CIREL)

 

Coordinateur et Animateurs

Régis Malet, PR, CIREL-Profeor, Sylvie Condette, CIREL-Profeor et Widad Mustafa El Hadi, Geriico 

 

Pour l'année 2010-2011, le séminaire est décliné en trois axes de travail et de réflexion interdisciplinaire –

1) Circulation, emprunts, diffusion des savoirs et des informations dans l'espace européen – quels enjeux politiques, culturels et curriculaires ?   

2) Modèles, modélisations, normes ;

3) Contextes, territoires, enjeux socioculturels.

 

Chaque journée donnera lieu à une introduction par deux représentants des laboratoires partenaires, puis par une conférence d’un spécialiste du domaine, sur la thématique de la journée. L’après-midi ménagera un second temps de conférence plénière et d’échanges, alimentés par les recherches réalisées ou en cours dans les deux laboratoires.

 

Journée 1 (10 février 2011) : Circulation, emprunts, diffusion des savoirs et des informations dans l'espace européen – Quels enjeux politiques, culturels et curriculaires ?

Cette première journée permettra de poser les enjeux du séminaire et d’examiner la thématique sur le plan des savoirs et des politiques concourant à leur circulation et leur diffusion dans l’espace européen. Elle souhaite inscrire ces évolutions dans le cadre d’un puissant mouvement de diffusion internationale d’idées et de modèles, qui dépasse l’espace européen même, et dont les qualités structurantes sont assurées par la combinaison étroite de réseaux communicationnels, institutionnels, scientifiques, politiques, combinaison de phénomènes qui qualifient classiquement la mondialisation.

Au niveau européen, les politiques de mondialisation, dans leur caractère à la fois fédéraliste et offensif pour des Etats défendant leur position dans l’économie-monde, a pris forme en particulier dans le cadre de la stratégie de Lisbonne (Mars 2000), qui assigne fermement à l’éducation une fonction économique et des objectifs de performance et de compétitivité. La promotion des compétences, ou de ce que les anglo-saxons nomment les skills affecte les curriculums des écoles nationales, qui opèrent un travail de traduction locale de ces tendances internationales. L’entrée dans l’ère de l’économie du savoir (knowledge-based economy) soumet les Etats, depuis le Traité de Lisbonne, à des critères de convergence. Le programme de travail convenu en 2002 par les Etats-membres de l’Europe (Education & formation 2010) prolonge et étaye le Traité de Lisbonne, en se fixant des principes européens communs pour les compétences et certifications des enseignants, en établissant un cadre de référence européen pour les compétences clés en matière d’Education et de Formation tout au long de la vie. Sur le plan de la reconnaissance réciproque des diplômes et de l’harmonisation des certifications, l’européanisation de l’éducation est effective. Des outils servent ce projet. La mise en œuvre de la MOC (Méthode Ouverte de Coordination), a conduit la communauté européenne à délimiter des indicateurs, des benchmarks, qui constituent autant de critères de convergence visés par les Etats-membres L’OCDE a mis en œuvre, dès les années quatre-vingt, le projet INES (Indicators of Educational Systems), dont l’objectif était d’améliorer le contenu des indicateurs relatifs aux acquisitions scolaires, mais aussi aux rapports, dans les différents systèmes éducatifs, entre les ressources dévolues à l’éducation dans chaque pays et les performances des élèves, entre la formation des enseignants, l’organisation scolaire et les apprentissages scolaires. Les Regards sur l’éducation de l’OCDE rendent publics annuellement les résultats de ces évaluations.

Quelle sont les fonctions de ces comparaisons et de ces évaluations et de leur diffusion dans les espaces nationaux ? Incitation, persuasion, justification ? Les performances des systèmes éducatifs des pays à la fois solidaires en projet et concurrents en faits deviennent la référence obligée des politiques éducatives nationales. Les systèmes éducatifs sont donc aujourd’hui appelés à évaluer « sous le regard des autres ». La globalisation d’une culture de l’évaluation et de l’information dans les modes de régulation de l’activité éducative sécrète de nouveaux enjeux de connaissance : l’un des objectifs de ce premier séminaire sera de faire le point sur ces enjeux émergents et sur les apports de la recherche pour saisir ces phénomènes de circulation et de diffusion, producteurs de nouvelles dynamiques dans l’espace européen.

De façon générale, l’illusion de la spontanéité de la traduction, réduite à une équivalence fonctionnelle, est favorisée dans la période actuelle par la circulation d’une large gamme de mots-valises dans le domaine éducatif, est un important problème de recherche. Sur le plan politique, cette circulation confronte à un phénomène d’imposition plus ou moins consentie et souvent impensé aux faits et à la culture l’usage de ces mots-valises. Les acteurs s’en emparent ou les évitent eu égard à des positions sociales et institutionnelles qui doivent être identifiées pour espérer construire du sens de ces variations sémiotiques.

Cela passe par l’étude des phénomènes d’emprunt, de transaction, de médiation et de mise au travail des notions, à différentes échelles et sur un plan international (Phillips & Ochs 2004). L’espace européen constitue un cadre propre à déployer cette analyse des influences internationales à l’œuvre dans le domaine de l’éducation, de la formation et de l’information. Ce premier axe sera l’occasion d’interroger, dans un contexte scientifique international qui enregistre la domination écrasante de la langue anglaise dans l’édition scientifique indexée (par exemple, la fondation européenne pour la science), les effets –inattendus, anticipés, accompagnés ?- pour l’espace européen de l’éducation et de l’information, de cette hégémonie par le verbe.

L’axe de questionnement corollaire de cette problématique concernera le passage progressif, dans les discours publiques, d’une logique des savoirs et de connaissance à une logique de compétences, et, dans le même temps, l’absence de la référence à la notion de culture dans la rhétorique supranationale qui est l’arrière-plan de ces évolutions. A la régulation par le respect de normes nationales semble se substituer une procéduralisation de l’action publique et un management par les objectifs et les résultats ; le processus est immanquablement sous-tendu par des critères d’ordre et donc régi par des normes qui prennent des formes nouvelles. Dans ce contexte, quels sont les tendances observables en termes d’évolution curriculaire dans le domaine éducatif et scolaire en Europe ? Cet ensemble géopolitique complexe et hétérogène que constitue l’espace européen comporte-t-il une communauté d’intérêts et de projet ? A-t-il une suffisante cohésion pour penser et le cas échéant réguler les difficultés qui s’annoncent pour les composantes nationales qui constituent cet ensemble dans le processus de la mondialisation ? 

 

Journée 2 (31 mars 2011) : Modèles, modélisations, normes

 

10h00 : Introduction du séminaire par Widad Mustafa El Hadi, Professeur des Universités, Lille 3, GÉRIICO

10h15 : Première série de conférences : modérateur, Stéphane Chaudiron, Professeur des Universités, Lille 3, GÉRIICO

Conférence : Normes numériques, éthique et sciences sociales, par Jacques Perriault, Professeur émérite, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense

11h15-11h45 : Conférence : Les normes scolaires bousculées : les formes clandestines d’utilisation des médias dans l’école moyenne, par Sylvie Condette, Maître de conférences, Lille 3, CIREL

 

11h45-12h15 : Discussion avec les participants au séminaire

 

(Pause déjeuner)

 

13h30-14h30 : Deuxième série de conférences : modératrice, Michèle Gellereau, Professeur des Universités, Lille 3, GÉRIICO

Conférence : Une limite de la normalisation dans le champ numérique : le cas du  vote dématérialisé et le problème de la confiance, par Laurence Favier, Maître de conférences HDR, Université de Bourgogne

14h30-15h30 :Conférence par Mohamed Sidir, Professeur à l’Université de Picardie Jules Verne

 

15h30-16h30 : Regards interdisciplinaires: discussion avec les participants au séminaire, modératrice Sylvie Condette, Maître de conférences, Lille 3, CIREL

 

Journée 3 (5 mai 2011) : Contextes, territoires, enjeux socioculturels